MoboReader> Literature > Les vies encloses

   Chapter 68 No.68

Les vies encloses By Georges Rodenbach Characters: 1120

Updated: 2017-11-30 00:04


Yeux d'aveugles: ils sont tristes, l'air d'une plaie;

Yeux nuls, sans effigie; étain qui se délaie;

Yeux d'aveugles: jardins où la vie a neigé;

Yeux plus vitreux que ceux des morts. Ah! qu'ils sont tristes,

Nus comme les tonsures des séminaristes;

Eau d'un canal que nuls bateaux n'ont imagé;

Patènes qui jamais ne mireront la messe

Et les cierges et des lèvres d'enfants de choeur.

Veilleuses sans clarté. Fioles sans liqueur.

Depuis quand? Sont-ils nés dans cette ombre? Ou bien n'est-ce

Qu'un obscurcissement graduel - tel le s

oir;

Ou l'usure - tel un tissu réincorpore

Les roses et les lis le brodant sur fond noir,

Et bient?t s'unifie en étoffe incolore.

Ah! qu'ils sont tristes! qu'ils sont tristes! On dirait

Des scellés apposés sur une tête morte.

Ces yeux, sans plus jamais qu'un seul regard en sorte,

C'est, sans tain, un miroir qui s'étiolerait;

C'est, sans jet d'eau, la vasque immobile qui gèle;

C'est, derrière une vitre, une hostie en prison.

Ah! ces yeux! on frissonne au bord de leur margelle,

Puits d'infini, que bouche un si calme gla?on.

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