MoboReader> Literature > Les vies encloses

   Chapter 52 No.52

Les vies encloses By Georges Rodenbach Characters: 1760

Updated: 2017-11-30 00:04


Convalescence: ? la fra?cheur brusque et caline

Quand la fièvre dont on br?lait s'éteint soudain;

Douceur sur soi d'un pansement de mousseline,

Fra?cheur sur soi du vent, de la mer, de l'étain.

On se sent comme dans une longue avenue

Dont le feuillage, blanc de lune, qui remue

Vous évente de son ombre si calmement

Et refroidit en vous les charbons de la fièvre.

Ah! ce bonheur confus du recommencement!

Cette humide fra?cheur née au seuil de la lèvre,

Comme d'avoir baisé l'or de quelque bijou!

D'où viennent tout à coup ces impressions fra?ches

Qui se fondent et qui se propagent jusqu'où?

Est-ce du lustre? Est-ce du verre des bobèches

Dont on sent, dans sa bouche en feu, le givre entré?

Est-ce de la cornette au beau linge lustré

Dont la Soeur qui nous veille a fait palpiter l'aile?

Ou bien est-ce le vent? Ou bien encor p

leut-il

Et c'est-il de la pluie en écheveau subtil

Qui soudain au rouet de notre ame s'emmêle?

Convalescence! Doux mélange: pluie et soir,

Linges, cristal, et vendanges de raisin noir!

Tout ce qui rafra?chit, tout ce qui désaltère;

Convalescence si printanière… Elle aère

Comme une brise; elle refroidit comme une eau;

On dirait qu'elle se répand parmi les chambres

Et sur le lit, si frais qu'il en semble nouveau;

On s'y déplie; on y dorlote tous ses membres;

C'est fini maintenant, la fièvre et ses charbons!

Les draps sont ventilés; ils ont des frimas bons;

Unanime fra?cheur de toute cette toile;

Si fra?che que c'est comme un bain dans une étoile!

Délice de revivre et d'avoir prévalu;

Instant bénin qui semble, après la canicule

Et des marches dans un chemin qui se recule,

L'accueil d'une prairie où longtemps il a plu.

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