MoboReader> Literature > Les vies encloses

   Chapter 40 No.40

Les vies encloses By Georges Rodenbach Characters: 1448

Updated: 2017-11-30 00:04


Et l'on redevient doux de la toute-douceur!

La maladie est à ce point anémiante

Qu'on prend un air de première communiante,

Qu'on prend, au lieu de son coeur d'homme, un coeur de fleur,

Un coeur de nénuphar dans une ville morte

Indifférent à tout ce qui se passe autour

De la silencieuse eau pale qui le porte.

Et l'on redevient doux comme la fin du jour,

Comme un canal après qu'on a fermé l'écluse.

Douceur qui vient de la douleur qui désabuse,

Et de se sentir seul puisqu'on est anormal;

Douceur qui vient de l'isolement dans son mal,

La maladie étant une autre solitude.

On est le saule au bord d'une eau d'incertitude,

Inquiet seulement de son vague reflet

Qui s'éteindrait

dans l'eau si quelque vent soufflait.

On redevient de la douceur originelle;

Tous les rêves qu'on fait ont à présent une aile,

Et cette douceur d'ame irradie au dehors,

Si bien que le visage a des paleurs d'hostie,

Visage eucharistique et dont on communie!

Et l'on redevient doux comme un appel de cors,

Comme on l'est quand on cause à la fin d'un dimanche;

On dirait que soudain la voix s'est faite blanche

Pour parler de la vie ainsi que d'un exil,

? calme voix qu'à peine un peu le couchant fonce,

Le calme son de voix de celui qui renonce,

Un son de voix déjà céleste et volatil,

Sauf aux instants de mal physique où l'on s'énerve;

Mais combien de trésors de douceur en réserve!

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